09 décembre 2009

V.O.S.T.

Hier, pas de bol, je suis tombée en rade de fond de teint. Vous vous en foutez, je sais, mais cette pénurie impromptue m'a fait réaliser que je ne vous avais pas mentionné auparavant un des gros challenge de l'Occidental qui tente de communiquer avec les Chinois.

Dooonc... je reprends mes mésaventures cosmétiques. Je pars à la parapharma-parfumerie la plus proche, arrivée là bas, je repère le stand Gemey-Maybelline, mais m'aperçoit que ces couillons ne font pas mon fond de teint habituel (à vrai dire, ils ont en tout et pour tout un seul fond de teint Gemey, la dèche...).
Devant mon air sûrement très déconfit, l'une des innombrables vendeuses s'approche et commence à s'emballer en gesticulant bruyamment "Olaya, Olaya, hen hao, fa guo!". Hmm, quoi, Olaya, très bien, français?? Je me préparais à lui expliquer que son "Olaya" c'est comme la crème Relachée, c'est français mon oeil, mais alors que j'étais en train de réfléchir à la manière la plus pertinente d'exprimer ma pensée, j'aperçois alors derrière la remuante vendeuse le stand l'Oréal. Et là, tout s'éclaire, je me souviens les nombreuses pages de pub à la télé pour "Bali Olaya", soit... l'Oréal Paris!!!

Pour un Chinois qui n'a pas du tout étudié de langues étrangères, lire des caractères romans est à peu près aussi impossible que pour nous lire des caractères chinois. Afin que toute la nation puissent lire, prononcer et retenir les noms des marques étrangères, les Chinois les transcrivent donc systématiquement en caractères chinois, logique.
Le principe est simple: le traducteur écoute comment se prononce le nom étranger, le transcrit avec des caractères chinois qui ont la même sonorité, et voilà, un nouveau nom de marque est né.
Là où les choses se compliquent un peu, c'est que la langue chinoise, à la différence de nos langues, fonctionne par idéogrammes: un mot = une idée = un son. De fait, cela ne permet pas de traduire librement un mot de manière phonétique, le traducteur est astreint à utiliser des mots chinois, et donc des sons, existants, à raison d'un caractère par syllabe.
Là où les choses se compliquent encore un peu, c'est que certains sons n'existent pas dans la langue chinoise, et que les traducteurs sont donc obligés de s'arranger comme ils peuvent avec les sonorités disponibles en magasin.
Là où les choses se compliquent encore plus, c'est que la meilleure transcription phonétique ne va pas forcément donner le résultat le plus vendeur. Etant donné qu'ils sont obligés d'utiliser des mots existants pour traduire chaque syllabe, au final cela va donner une phrase plus ou moins longue - et plus ou moins heureuse. La langue chinoise a beaucoup de mot ayant la même prononciation, ce qui permet de jouer un peu au niveau de la traduction, mais parfois pas de manière suffisante marketinguement parlant.
Donc dans le cas où la trad initiale serait déclarée pas sexy, et bien ce pauvre traducteur se voit donc dans l'obligation de revoir sa copie, et de trouver d'autres mots, moins proches de la prononciation originale, mais plus conformes à l'esprit de la marque.

Au finish, si on prend en compte toutes les considérations sus-citées, on arrive souvent à un résultat tellement lointain de notre manière de prononcer que ça en devient totalement incompréhensible!
A fortiori pour les non-anglophones, car les traductions se basent généralement sur la prononciation anglaise des marques, et non pas celle bien franchouillarde que nous utilisons habituellement ;)

Petit lexique de marques chinoisifiées...

L'Oréal Paris > Bali Olaya
Dulux > Doulouche
Omo > Oméyo
Access > Ayequeushi
Carrefour > Dialefou
Samsung > San'tching
Motorola > Motuoluola
Peugeot > Biaodjeu
Lancôme > Lan'cowe

Posté par shanghaiette à 17:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur V.O.S.T.

    Back-trad

    Et ca donne quoi la traduction back to French de ces marques ?

    a++
    Thierry

    Posté par Montady, 09 décembre 2009 à 20:42
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